« Les policiers nous ont prévenues que c’était très dur de prouver un viol » : en Bretagne, cette mère veut des réponses
Article de Pauline DECKER, Publié le
Parcours du combattant pour cette mère d’une adolescente qui aurait subi un viol. Depuis mai 2024, cette Lorientaise attend des réponses des services de police. Elle livre son témoignage.
C’est tragiquement banal…
Combien sont-elles chaque année à subir un viol ? Combien sont-elles à pousser, toujours avec ce courage singulier, les portes d’une gendarmerie ou d’un commissariat pour y déverser leurs récits glacials ? En France, environ 2 % seulement des plaintes pour viol aboutissent à un procès devant une cour d’assises. Tout repose sur la preuve…
, résume André Rolland, président de France Victimes 56.
Dans les services de police, surchargés et décharnés, les dossiers s’empilent. Les investigations sont longues. Toutes les enquêtes traînent car les services sont submergés dans une société malade avec de plus en plus de violence, constate André Rolland. Les enquêteurs font le maximum avec les moyens du bord.
Conséquence directe d’un système noyé : le sentiment d’être invisibilisée, de certaines victimes. La double peine.
« On a l’impression qu’on n’est rien »
On a l’impression qu’on n’est rien, que la vie suit son cours. Sauf que chez moi, c’est l’enfer depuis deux ans.
Audrey a 39 ans. En mai 2024, cette mère de famille a poussé les portes du commissariat de Lorient (Morbihan) aux côtés de sa fille, âgée de 17 ans à l’époque, pour dénoncer le viol que l’adolescente aurait subi deux semaines plus tôt. On a été entendues par le service des plaintes classique qui a nous a dit que la brigade des mineurs nous recontacterait.
L’unité spécialisée, qui compte à Lorient une dizaine d’enquêteurs, les convoque six mois plus tard, en novembre. Ma fille a été auditionnée, examinée par un médecin légiste, entendue par un psychologue. Ils ont regardé ses messages, réseaux sociaux…
Auprès des enquêteurs, la victime donne l’identité de l’auteur présumé. Un jeune majeur avec lequel elle flirtait
, avait-elle confié avant à sa maman. Ils se fréquentaient, se sont embrassés. Mais quand elle a dit non pour aller plus loin, il l’a forcée, relate la maman. C’est insoutenable car je me sens démunie.
Dans ces dossiers, toute la difficulté est de prouver l’absence de consentement, concède une avocate spécialisée, contactée par Ouest-France. Ça peut être l’état d’ébriété d’une victime, les troubles post-traumatiques à la suite de l’événement, etc.
J’aurais aimé qu’on nous donne des armes pour avancer
Les policiers nous ont prévenues que c’était très dur de prouver un viol, encore plus quand on connaît l’auteur », consigne Audrey. Cela, la trentenaire l’entend. L’admet, même. Mais j’aurais aimé qu’on nous donne des armes pour avancer. J’aurais aimé qu’on nous donne des nouvelles. La première année, j’ai appelé chaque mois le commissariat, et je n’ai aucune nouvelle…
Interrogé, le commissariat de Lorient indique juste que la procédure est en cours de traitement par les enquêteurs, sous l’autorité du parquet de Lorient. Compte tenu de la nature des faits, les investigations peuvent être longues.
L’accompagnement des victimes est une priorité et, à ce titre, la victime mineure a été reçue à trois reprises par la psychologue du commissariat. Si les entretiens se sont arrêtés à sa demande, la psychologue du commissariat est disponible à tout moment pour s’entretenir de nouveau, si elle en formule la demande. De la même manière, le parquet peut également mobiliser l’association France Victimes si la famille en manifeste le souhait
, abonde la commissaire centrale, Géraldine Papassian.
Difficilement entendable pour la mère de famille. L’auteur présumé n’a pas été entendu, pas plus que les amies de ma fille.
Une colère nourrie par les effets délétères, subis en cascade depuis mai 2024. Avec pudeur, elle évoque le décrochage scolaire d’une élève jusqu’alors studieuse. Les fugues, en pleine nuit, qui l’ont conduite à dormir avec les clés de l’appartement sous l’oreiller. J’ai été jusqu’à acheter un coffre. L’isolement. L’hypersexualisation. J’ai vu des choses qu’une mère ne veut pas voir. Elle échangeait avec beaucoup d’hommes sur les réseaux sociaux.
L’intervention d’un avocat est déterminante
Avec douleur, elle livre les disputes et les insultes. La famille qui éclate. Elle ne peut plus respecter personne, elle ne se respecte plus elle-même. J’étais tellement complice avec ma fille, maintenant elle s’est coupée de nous tous, de moi, de ses frères et sœurs. Âgée de 19 ans désormais, la jeune majeure a quitté le foyer pour s’installer seule et travaille dans le milieu de la nuit. Pour sortir un dossier d’une pile, n ote André Rolland, le président de France Victimes, l’intervention d’un avocat est déterminante.
Les plaignants peuvent écrire directement au procureur, mais souvent, ne le savent pas. Quand j’assiste des victimes, détaille une avocate lorientaise, je fais établir tous les témoignages, SMS, captures de réseaux sociaux par constat d’huissier et je les transmets au parquet.
En cas de classement sans suite, je cherche pourquoi
. Ne lâche rien. Je demande un complément d’enquête au procureur, à Lorient, le parquet les accorde facilement. En derniers recours, je conseille de déposer plainte avec constitution de partie civile directement auprès du juge d’instruction. Ça n’aboutit que grâce à un faisceau d’indices…
France Victimes 56 :
Joignable du
lundi au vendredi, de 9 h à 12 h et de 14 h à 16 h au 02 97 47 66 68